jeudi 28 février 2013

Mon questionnement sur les cartes de nomenclature

J'ai reçu hier un commentaire à cet article-là auquel je me dois de répondre de façon assez complète, tant il est vrai qu'il a reçu beaucoup d'échos en moi... et chez d'autres lectrices, si j'en crois vos réactions ! Voici donc aujourd'hui un post assez technique sur le cheminement qui m'a poussé à proposer à Antonin des cartes sous la forme finalement choisie ; il s'agit bien sûr d'expliquer ma démarche et d'ouvrir la discussion, et non de proposer des réponses définitives à toutes ces questions qui, apparemment, nous trottent à toutes dans le crâne ces derniers temps ! ;-)

Voici donc ce qu'écrit Sabrina (n'hésitez pas à aller lire son commentaire en entier !) : "Vos deux derniers articles concernant les cartes de nomenclatures ont fait ressurgir une inquiètude que je nourris depuis quelque temps déjà et que ce matériel montessorien n'a pas su dissiper, bien au contraire... Ce qui me perturbe, c'est cette fameuse "légende" sous les images qui conduit l'enfant à mémoriser la représentation écrite du mot puis à l'associer à l'image, plutôt qu'à effectuer un réél travail de déchiffrage."

Bon, quitte à justifier mon choix concernant les légendes de mes cartes, autant expliquer tous mes choix, n'est-ce pas ? ;-) Mais avant d'aller plus loin, je commence par un petit rappel de ce que sont les cartes de nomenclature, de la manière dont elles se présentent et de l'objectif qu'elles poursuivent.

Nous parlons ici des nomenclatures simples, qui abordent le lexique d'un thème de la vie quotidienne dans le but d'accroître le vocabulaire de l'enfant. On les emploie tout simplement, lorsque l'enfant a entre 2 et 3 ans, en l'engageant à en parler, à les décrire, voire à les comparer. La leçon de vocabulaire en trois temps n'est qu'un usage parmi d'autres : si l'enfant n'est pas prêt à en recevoir, il ne faut pas insister, mais ne pas se priver non plus de ce matériel qui est un merveilleux support de langage.

Voici un article devenu culte qui montre comment une maman montessorienne utilise ce matériel avec son enfant non-lecteur. Libellule utilise ici les cartes "officielles", pour reprendre le terme de Sabrina : chaque carte est tirée en double exemplaire. Le premier exemplaire est légendé (ce qui ne pose pas de problème, écrit Libellule, puisque l'enfant de cet âge ne semble prêter aucune attention à cette légende), le deuxième ne l'est pas ; on a découpé le bordereau légendé pour le conserver pour plus tard. Lorsque l'enfant sait lire, on reprend l'exercice précédent, mais en proposant cette fois les billets légendés, que l'enfant doit placer sous les cartes correspondantes lors de la mise en paire. Vous pouvez lire ce billet (non moins culte) toujours chez Libellule, pour assister à ce travail chez un enfant lecteur. Et vous verrez que dans l'utilisation qu'en font Libellule et sa fille, il n'y a aucun risque que l'enfant compare une légende à un quelconque "modèle", puisque les cartes renseignées ont été retournées contre le tapis ! ;-)

J'imagine que, jusque-là, je ne vous apprends pas grand chose. Et comme vous, ce matériel a provoqué chez moi un grand questionnement.

Tout d'abord, je me suis très sérieusement posé la question de la nécessité d'un tel matériel. Bon, pour l'acquisition du vocabulaire, j'ai mes chers imagiers, et quant à la mise en paire, il est facile de proposer des petits jeux spécifiques à l'enfant. Et au-delà de la spécificité de ces cartes, je me suis aussi interrogée sur leur forme...

- Imagier ou nomenclature ?

En fait, j'ai toujours pensé les pages de mes imagiers comme des cartes de nomenclature. Il suffit d'ailleurs de les détacher (les anneaux ont des charnières) pour pouvoir les étaler sur une table. Néanmoins, il y a tout de même des différences.


La première différence, c'est que dans mes premiers imagiers, les pages avaient un ordre, puisque la légende correspondante à la photographie était située en vis-à-vis d'elle, et donc au dos d'une autre image. C'est ennuyeux, car un enfant non-lecteur ne lui-même ranger ces images pour les relier. C'est pour cette raison - entre autres - que mon dernier imagier ne comportait plus de légende. Si j'ai choisi de les réintroduire (j'explique ce choix plus loin), la forme de la carte de nomenclature me permet de faire figurer la légende sous l'image, et donc de faire tomber cette première difficulté.


J'ai ensuite tâtonné quant à la format de mes imagiers, mais aujourd'hui, je choisis de revenir à un grand format carré (avec de grandes photos qui permettent de visualiser les détails) et de normaliser la taille de mes illustrations et de mes légendes. Toutes mes cartes ont ainsi une unité, que renforce dorénavant le choix du papier blanc. Si mes enfants décident, lors de jeux ultérieurs, de ranger ensemble tous les objets rouges, ou tous les grands objets, la couleur du papier ou la taille de la photo n'interfèrera pas sur leurs choix.


Enfin, j'ai choisi de garder le système de reliure pour mes cartes. Antonin aime beaucoup feuilleter ses imagiers, je ne veux pas le priver de ce plaisir. Cela me permet du même coup de résoudre la question du rangement (et de m'éviter la fastidieuse fabrication de pochettes) et de laisser ces cartes à disposition de l'enfant dans une boite sans craindre d'en retrouver dans tous les coins. Enfin, cela renforce la dimension catégorielle : pour l'instant, tous les véhicules sont reliés ensemble, ce qui participe à la construction de ce concept. Et lorsque mes enfants seront capables de classer eux-mêmes ces images selon leurs propres critères ("On va mettre ensemble toutes les choses rondes", par exemple), il sera facile de relier leur production et de la conserver sous cette forme quelques jours (quelle fierté !!).

Conclusion : je n'ai donc pas vraiment tranché entre imagier et nomenclature ! ;-) Notons que pour l'instant, ces imagiers nouvelle génération n'ont pas de couvertures, mais que cela peut changer quand les catégories concernées auront un sens pour Antonin.

- Jeu de mise en paire ou nomenclature ?

J'adore les jeux de mise en paire. J'en propose plusieurs à Antonin, en alternance avec de petits lotos, qu'il aime beaucoup, et qui permettent de travailler des compétences similaires. Mais d'ailleurs, quelles sont ces compétences ? J'en avais déjà parlé ici : quand on propose à l'enfant d'apparier deux images identiques, il s'agit en fait de solliciter une compétence mathématique : des objets identiques sont équivalents. Et puisqu'on en parle, selon moi le meilleur jeu de mise en paire est celui que propose la Maman de Petit homme ici : il s'agit d'objets abstraits, ce qui corse la chose et aiguise le sens de l'observation !! ;-)

Or, je réserve mes cartes de nomenclatures à un autre usage, plutôt d'ordre langagier ; alors, des mises en paire, oui !, mais pas avec des objets identiques. Nous mettons en paire mes photos avec des objets réels ou d'autres images issues des livres. Il s'agit cette fois d'accéder au concept. Et les situations langagières se trouvent enrichies par l'exercice de la comparaison. À titre d'exemple, avec Antonin en ce moment, mes interventions donnent quelque chose comme cela : "Oui, ici nous avons une photo de banane, et là une banane de notre cuisine. Oh, tu as vu, celle-ci est un peu noircie ! Celle-là, on peut la manger, mais pas celle-ci. Et tiens, oui, tu es allé chercher ce livre dans ta bibliothèque car il y a aussi une image de banane... de plusieurs bananes, en fait. Ça s'appelle un régime, un régime de bananes. On compte les bananes du régime ?", etc.

Cette richesse langagière ne m'est pas permise quand il s'agit d'images identiques, personnellement, je suis vite à court de discours... Et voilà pourquoi, vous l'aurez compris, je n'imprime chaque carte qu'une seule fois. Pour le prix de revient et le temps passé à faire une paire, j'obtiens deux cartes différentes... donc plus de possibilités pour les petits jeux à venir !! ;-)

- Légendes or not légendes ? Et en script ou en cursive ?

Venons-en à ces fameuses légendes. Bien qu'elles soient à mon avis totalement facultatives, j'ai tout de même choisi de les faire figurer. Pourquoi ? Je constate, comme Libellule, qu'Antonin ne semble pas les remarquer. Mais, à vrai dire, j'espère qu'un jour il le fera. Mon objectif n'est pas du tout de le faire entrer ainsi dans la phonétique (nous sommes toutes d'accord pour dire que les cartes de nomenclatures NE SONT PAS un outil pour apprendre à lire !), et c'est d'ailleurs pour cela que j'ai opté pour l'écriture cursive : la prise d'indices concernant les différentes lettres est beaucoup plus difficile quand l'écriture est "attachée". Le mot apparait à l'enfant non lecteur comme un ensemble continu (ce qu'il est, que ce soit dans la langue parlée ou dans la langue écrite).

Mais l'entrée dans la lecture n'est pas uniquement syllabique. Elle consiste aussi (et peut-être même avant tout) en une posture, une culture. C'est bien pour cela que nous lisons tous beaucoup de livres à nos enfants, sans craindre, je pense, qu'ils apprennent à lire spontannément sous prétexte qu'ils sont environnés d'écrit ? Malheureusement, d'ailleurs, ce serait bien plus simple pour tout le monde... ;-) Beaucoup de préalables à la lecture proprement dite sont d'ordre culturels : savoir tenir un livre, en tourner les pages, savoir repérer l'écrit dans la page, avoir l'intuition de ce qu'est une histoire, une phrase, un mot... Tiens ! Question à 1000 euros : Qu'est-ce qu'un mot ??? ;-)

Le tout-petit comprend vers un an qu'un objet du monde correspond à une suite de sons parlés (son nom) ; vers 3 ans, il va comprendre qu'à une suite de sons parlés correspond une suite de lettres écrites. Vous n'imaginez pas le nombre d'élèves de CE1 pour qui la notion de "mot" est encore floue et à quel point cela dessert leur orthographe, leur expression écrite... et leurs compétences de lecteurs.

Allez, réponse à 1000 euros : un mot est une unité de sens. Et les cartes de nomenclature me paraissent être le support idéal pour parvenir à le comprendre dans la mesure où elles représentent justement des unités de sens.  "Train", c'est une unité de sens. Et ma carte le représente de deux manières : avec une photographie et avec des lettres. Antonin ne se soucie pas beaucoup des légendes pour le moment, mais il lui arrive, lorsque nous feuilletons des imagiers, de pointer un mot écrit et de me regarder d'un air interrogateur. Je lui répond très simplement : "C'est le mot vêtement" ou "Il y a écrit vêtements". Cette réponse n'a pas l'air de lui paraitre étrange. Le jour où Antonin me pointera la légende "train" sur sa carte en me disant "C'est écrit train", je saurai qu'il a compris ce qu'est l'écrit et à quoi il sert... et l'heure sera venue de découper toutes mes légendes et de conserver les étiquettes ainsi constituées pour plus tard. Dans une progression idéale, ce genre de prise de conscience devrait précéder tout travail phonologique.

Et plus tard, bien plus tard, quand l'enfant sait lire, oui, on ressort ces étiquettes-mots qu'il s'agit cette fois d'apparier à l'image correspondante. Mais l'enfant ne dispose pas de "modèle", puisqu'il n'y a qu'un seul exemplaire de chaque carte ! Il faut être capable de lire le mot "poivron" pour réussir à le placer sous la photographie du poivron. Le danger de globalisation disparait.

Pour conclure, je dirai que je suis vraiment satisfaite de m'être lancée dans la fabrication de ces cartes. 2013 sera l'année des nomenclatures chez nous ! J'aimerai pouvoir en proposer le plus possible quand Antonin aura trois ans. Mais... pour quoi faire, me demanderez-vous ? Ceux qui connaissent les livrets Catégo et Phono de chez Hatier ont certainement déjà quelques éléments de réponse. Et pour les autres, ils devront attendre que nous en soyons là ! ;-)

Dites-moi vite ce que vous pensez de tout cela !!

mercredi 27 février 2013

Un raisin sec

(Louiselle a 9 mois et demi)


Cela semble une banalité de dire que les enfants et nous n'avons pas affaire à la même dimension du monde. Nous, les adultes, nous aimons ce qui est grand : les grandes voitures, les grandes robes, les grandes maisons. La nature nous émerveille particulièrement dans ce qu'elle a d'un peu écrasant : la haute montagne ou l'étendue infinie de la mer.

Pour l'enfant, le monde est petit. La contemplation d'une coccinelle prévaut sur celle d'un coucher de soleil. Il suffit d'observer Antonin passer l'aspirateur. Alors que j'ai, moi, pour ce faire, une vision englobante de la pièce ("Bon, là, ça va à peu près, mais il va falloir insister sous le bureau..."), lui se penche nez contre terre et traque un premier débris. Il le repère, le montre du doigt, l'aspire. Puis, il élargit très légèrement son champ de vision, guettant la poussière suivante. Et ainsi de suite. C'est un processus long, et assez aléatoire : le chemin d'Antonin suit les petits débris du sol, comme le petit Poucet ses cailloux blancs. Et bien souvent, les énormes moutons sous le bureau passent complètement inaperçus.

Louiselle aussi adore l'aspirateur, pour escalader son grand corps d'éléphant poussif et actionner ce faisant, plus ou moins par hasard, le bouton qui permet de l'éteindre (Ô joie). Mais Louiselle adore aussi les débris. Comme son frère, le nez au ras du sol, elle traque la miette. À cette différence près que Louiselle a décidé d'être son propre aspirateur. Entre le pouce et l'index, elle saisit très habilement le fragment minuscule et... l'engloutit. Nous retrouvons toujours tout un tas de choses très intéressantes dans la bouche de la Damoiselle : cheveux, lambeaux de mouchoirs ou de prospectus... Miam.

Depuis quelques jours, je lui propose donc de petits raisins secs, qui, disposés un à un sur la table devant elle, lui permettent d'exercer cette précieuse habilité et de se régaler sans danger. Elle adore ! Bon, les fruits sont parfois recrachés, tellement ensalivés qu'ils sont quasiment réhydratés... De toute façon, l'objectif n'est pas non plus de lui dispenser ainsi un repas complet !

Et voici ma Damoiselle qui s'exerce à faire la pince... :

 

... et à passer le raisin d'une main à l'autre :
 


Ça marche aussi avec un petit pois ! ;-D

N.B. Les fruits secs appartenants à la catégorie d'aliments recevant le plus de traitements chimiques (fumigation, irradiation...), je ne peux que vous conseiller de les proposer en bio à votre enfant... En plus, ça n'est même pas plus cher... à condition de les acheter par plus grande quantité. De quoi faire la pince des milliers de fois, donc !! :-D

mardi 26 février 2013

Cartes de nomenclature : les véhicules

(Antonin a 26 mois)


Il y a des nomenclatures si populaires qu'elles se passent d'introduction... ;-)

Voici aujourd'hui celle des véhicules... téléchargeable ICI. Le fichier est modifiable, bien sûr, n'hésitez pas à remplacer certains moyens de transport par d'autres en fonction des intérêts de votre enfant !

( Edit du 14 mars : Et voici les cartes en Pdf ! )


Encore une fois, je n'ai confectionné que les cartes représentant les engins qu'Antonin sait nommer (soit sept au total) et j'introduirai les autres petit à petit, au fil de nos observations et lorsque le troisième temps de la leçon de vocabulaire sera mieux assis.

Inutile de vous préciser que c'est un véritable succès... ?  :-D

lundi 25 février 2013

Cartes de nomenclature : les petites bêtes

(Antonin a 26 mois... aujourd'hui !)

Évidemment. Évidemment, ça devait arriver. Évidemment, ça devait arriver en plein hiver, alors que 15 cm de neige recouvrent le sol. Évidemment, ça devait arriver alors que nos jours en tant que citadins sont comptés...


Antonin s'intéresse aux "p'tites bêtes". Et en particulier aux escargots (qu'il représente dans ses dessins par de magnifiques spirales), aux papillons et aux coccinelles. Lesquelles p'tites bêtes dorment bien au chaud dans la terre en attendant le redoux. Moi qui mets un point d'honneur à lui présenter les objets réels avant leurs représentations, me voilà bien attrapée. Se souvient-il des quelques bestioles que nous avons observées l'automne dernier ? Peut-être inconsciemment, mais c'est quand même bien long, quatre mois, pour un tout-petit. En tous cas, les livres pour enfants regorgent de représentations, plus ou moins fantasques, de ces animaux. En observant le Damoiseau les recenser et les nommer, j'ai décidé ce week-end de fabriquer quelques cartes de nomenclature avec des photos réalistes, histoire de fixer dans sa jeune mémoire les caractéristiques réelles des petites bêtes.

Vous pouvez télécharger ces cartes ICI.

Deux remarques les concernant :

- Par "p'tites bêtes", j'entends une catégorie de bestioles pas très scientifique qui englobe la grande famille des insectes, celle des mollusques et celle des vers. Pour le dire autrement, vous n'y trouverez ni les oiseaux, ni les reptiles, ni les petits mammifères.

- Mes cartes sont grandes. Chaque image est un carré de 11 x 11 cm, et la légende tient dans un rectangle de 3 cm de haut. Je les colle sur des carrés de Canson de 16 x 16 cm, que je plastifie ensuite. Oui, ça mange du papier, oui, ça mange du plastique. Au diable l'économie. J'ai eu de nombreuses occasions pour constater, dans ma pratique de classe, que les jeunes enfants avaient besoin de GRANDES images.


Pour le moment, je n'ai fabriqué que les trois cartes des animaux qu'Antonin affectionne. J'introduirai les autres au fur et à mesure de nos observations au printemps.

Et voilà un support privilégié pour les leçons de vocabulaire en deux temps, qui tendent tout doucement à devenir des leçons de vocabulaire à trois temps. Mais en réalité, si Antonin  sait nommer la coccinelle, l'escargot et le papillon, il le fait encore maladroitement (il faut admettre que ce ne sont pas les mots les plus simples à prononcer de la langue française) et rarement sur commande. Or, vous le savez, le troisième temps des leçons de vocabulaire montessoriennes consiste à demander à l'enfant le nom de l'objet qu'on lui désigne. Je m'aperçois, une fois de plus, que cela relève d'un apprentissage : Antonin préfère nommer les animaux... quand il l'a décidé ! Je n'insite donc pas trop sur ce troisème temps pour le moment pour ne pas le mettre en difficulté, mais cela se construit ! ;-)


Après avoir été beaucoup observées et décrites, les trois cartes ont fini scotchées sur le carrelage mural de notre cuisine, à hauteur des yeux d'Antonin, qui ne se lasse pas de les contempler ! :-D

vendredi 22 février 2013

Première boite à formes

(Louiselle a 9 mois)
  

Je vous racontais ici à quel point j'étais frustrée de ne pouvoir proposer notre boite à forme unique à la Damoiselle alors que ce jouet correspond parfaitement à ses intérêts du moment. Après quelques jours passés à ruminer sur l'incapacité des fabriquants à proposer un objet cohérent adapté à l'âge de l'enfant (car enfin, il aurait suffit que cette balle soit un peu plus grosse...), j'ai bien sûr décidé de passer à l'action et de bricoler un jeu similaire en attendant.


Dans une boite à chaussure pour enfant recouverte de papier Vénilia, j'ai simplement découpé un cercle d'un diamètre légèrement supérieur à celui de nos petites balles de jonglage que Louiselle connait bien et dont je suis certaine qu'elle ne risque pas de les ingérer !

Et voilà. En plus de permettre au bébé d'accéder petit à petit à l'abstraction, ce petit jeu tout simple permet d'exercer une compétence complexe qui intéresse fort la Damoiselle en ce moment : affiner sa coordination oeil - main pour glisser les balles dans le trou et ouvrir la boite, ce qui n'offre aucune résistance mais nécessite tout de même un geste assez particulier et précis.



Elle n'y parvient pas trop mal, et s'y absorbe longuement... quand son grand frère n'est pas dans les parages pour le lui arracher des mains... !

Je vous souhaite à tous un excellent week-end, et vous laisse sur la photographie de l'oeuvre de la semaine dans l'aire de jeu de Louiselle : Modigliani a remplacé Raphaël, et la Femme au collier, aux doux yeux de renard, illumine notre salon de sa chevelure rousse ! J'aime, j'aime, j'aime (et les enfants aussi) !!

mercredi 20 février 2013

Peinture à doigts

(Antonin a 25 mois, mais il est évident que l'on peut proposer cette activité plus tôt en fonction de l'intérêt qu'y porte l'enfant ! ;-) )


La peinture à doigts, c'est l'Expérience sensorielle et artistique (avec un grand E) pour les petits. Pas une assistante maternelle qui ne le propose régulièrement, et généralement c'est aussi le premier exercice d'arts plastiques de l'année en Petite section, tant il est vrai qu'il permet à l'enfant de prendre conscience du pouvoir moteur de ses petites menottes. Soyeuse, fraiche et un tantinet gluante, cette nouvelle matière est pour celui qui l'emploie une invitation à explorer toute la surface de ses deux mains, à étaler la couleur et à la frotter sur le papier immaculé, à découvrir la multitude de dessins que peuvent laisser les empreintes des ongles, du bout des doigts ou des paumes. Autant dire qu'il serait dommage de ne la proposer qu'une seule fois, toutes ces possibilités se découvrant au fil des séances ! ;-)

Lundi après-midi, pendant la sieste d'Antonin, j'ai donc préparé un espace dans notre cuisine. J'ai installé un plan de travail à hauteur d'enfant au milieu de la pièce, de façon à ce que le Damoiseau puisse peindre debout, tout en tournant autour de son oeuvre si désiré. J'ai scotché sur cette table une grande feuille de papier blanc irisé format raisin. J'ai versé l'équivalent de deux grosses noix de peinture bleue dans une assiette en plastique.

Il est à noter que dans cette même pièce se trouve un espace pour se laver les mains, qu'Antonin connait bien. Au moment de lui proposer l'activité, je lui ai bien précisé qu'il pouvait aller se laver les mains autant de fois qu'il le souhaitait, et même au beau milieu de son travail s'il le voulait.

Le goûter fut vite expédié car Antonin avait vraiment hâte de s'y mettre ! Mais une fois sanglé dans son tablier, il a cherché des yeux les outils d'un air désemparé et ne savait vraiment pas par quoi commencer ! Je n'ai pas été surprise, ayant identifié depuis longtemps que mon Damoiseau fait partie de ces enfants qui hésitent à se salir les mains. Au bout de quelques minutes, je l'ai donc engagé à utiliser l'extrêmité de son doigt pour peindre.



Cette solution l'a tellement satisfait que j'ai bien vu qu'il n'allait pas essayer d'aller plus avant en recouvrant sa main de peinture ! J'ai donc à nouveau induit ce geste en lui montrant ; Antonin m'a imité timidement, et a filé se laver les mains... quatre fois de suite ! :-D

Le lendemain, j'ai tout réinstallé dans notre cuisine, en reprenant l'oeuvre de la veille qui avait eu le temps de sécher. Mais cette fois, j'ai eu pitié de mon fiston et lui ai préparé quelques outils :


Comme il fallait s'y attendre, cette séance l'a beaucoup plus mobilisé que la précédente : il a travaillé deux fois plus longtemps, et a utilisé au moins trois fois plus de peinture ! 


Ce jour-là, j'ai proposé du jaune, histoire de bien visualiser la différence de rendu selon que l'enfant utilise son doigt ou des instruments.


Antonin n'a pas eu besoin d'explication, cette fois ! Il a d'abord empoigné le petit jouet en plastique, l'a trempé dans la peinture et appliqué sur la feuille pour y imprimer des empreintes, puis l'a reposé pour ne plus y revenir. Il a procédé de même avec le peigne et le couteau. Puis son attention s'est portée sur les deux fourchettes et la petite spatule, qu'il a manipulées jusqu'à la fin ! Forcément, dès qu'il s'agit d'instruments de cuisine ! ;-)


Le rouleau, la paille et la baguette asiatique ne l'ont pas du tout intéressé, il n'y a même pas touché !


Et ce matin, j'ai eu la satisfaction d'orner les murs de sa chambre d'une nouvelle oeuvre ! :-D


mardi 19 février 2013

(Dés-) encastrer

(Louiselle a 9 mois)


Cela fait un petit moment que je réfléchis aux petits objets que je proposerai à Louiselle quand elle sera prête à encastrer. Le fait est que la Damoiselle n'en est pas encore là, mais qu'elle s'est beaucoup amusée hier avec ce matériel laissé à sa disposition.


Ces petits bols en bois japonais (bols à "miso soup") ont été le premier jeu d'encastrement d'Antonin. C'est donc tout naturellement que je dispose, depuis dejà plusieurs semaines, deux d'entre eux, de diamètres légèrement différents, sur l'étagère de Louiselle. Elle les aime beaucoup, d'autant que le plus petit d'entre eux est strié à l'extérieur, ce qui permet des sensations intéressantes, qui viennent s'ajouter au contact lisse et tempéré du bois.


J'ai également ressorti la tige d'un jeux de ce type, sur laquelle j'ai enfilé 5 anneaux de rideaux en bois clair. Les enfiler est trop compliqué pour ma Damoiselle, mais elle aime beaucoup tout mettre sens dessus dessous et arpenter l'appartement à quatre pattes, un anneau dans chaque main ("toc, toc, toc" à chaque pas), et un troisième dans la bouche ! ;-) Ce jeu plait aussi beaucoup à Antonin, qui fait des démonstrations à sa soeur... et au Papa des enfants, qui a improvisé hier un jeu de lancer d'anneaux qui a impressionné tout le monde ! :-D


L'oeuf en bois et son coquetier est un grand classique des premiers jeux montessoriens. N'ayant pas 22 euros à y mettre,  j'ai récupéré chez ma Maman un oeuf à repriser les chaussettes (!) qui ne lui servait pas. Ce solide fascine Louiselle depuis longtemps déjà, et il est bien trop gros pour être mis dans la bouche. Seulement, mon petit coquetier en bois brut (80 centimes en magasin de loisirs créatifs) n'est pas assez large, ce qui rend l'exercice d'emboitement malaisé. Je dispose de toute façon d'un peu de temps pour en trouver un autre avant que Louiselle n'ait la dextérité nécessaire.


J'avais acheté ce jeu pour Antonin lorsqu'il avait 9 - 10 mois, et j'ai vraiment hâte de le proposer à ma fille. Ce joli jouet répond au nom un peu alambiqué de "boite de permanence de l'objet", car il permet à l'enfant de construire le fait qu'un objet qui disparait à sa vue n'a pas disparu dans les limbes. Étant donné l'angoisse persistante de Louiselle devant les inconnus, j'aimerais qu'elle puisse l'utiliser, mais pour le moment, après quelques essais malhabiles, la petite boule rouge en bois finit toute entière dans sa bouche, ce qui me fait très peur ! J'attends donc patiemment, et lui propose à intervalles réguliers, sous étroite surveillance...

Si Louiselle n'utilise pas encore ce matériel pour encastrer, elle l'explore avec beaucoup de bonheur !

Commençons par un petit bonjour à la belle dame sous son verre...

"Switch, switch", font les doigts contre la vitre...

Et Louiselle chamboule avec enthousiasme tout ces objets si soigneusement disposés ! Et à défaut d'encastrer, elle désencastre et explore les pleins et les vides...

Éclat de rire !




lundi 18 février 2013

Pinces à linge

(Antonin a 25 mois)


J'ai présenté à Antonin, il y a déjà presque quinze jours, la plus montessorienne des activités pour tout-petits, qui, bien qu'elle appartienne à la section "Vie pratique", est un pré-requis d'importance pour toutes les activités qui vont suivre (ou presque), qu'elles soient sensorielles (blocs de cylindre, boites de couleurs...), de langage ou de mathématiques (tracer des lettres, des chiffres...) : j'ai nommé l'activité "pinces à linge" !

Et oui, quoi de mieux que des pinces pour faire travailler la pince ?? ;-)


Je crois savoir que certains sites de vente de matériel montessorien proposent des pinces à linge "pour enfant", mais honnêtement, je n'en vois pas du tout l'utilité. Pire, je pense que si je proposais à Antonin des pinces différentes des miennes, elles ne l'intéresseraient pas ! Car le premier attrait dans cette activité, c'est le matériel en lui-même. Ah, les pinces à linge de Papa et Maman, que le bébé manipule (et démantibule...) depuis qu'il est en âge de les attraper... Enfin, cette fois, il va apprendre à s'en servir !

J'ai sélectionné parmi mes pinces cinq d'entre les plus souples (c'est vrai, elles sont plus ou moins "dures"...) et je les ai déposé dans un petit bol en bois à bord mince.

Voici le déroulé de l'activité :

- Prendre le bol sur l'étagère et le poser sur la table ou le tapis.
- Saisir une pince de la main droite par les "oreilles" entre le pouce et l'index et l'ouvrir.
- Pivoter la main et la placer de façon à ce que le bord du bol se trouve entre les "machoires" de la pince et lâcher pour fermer.
- Recommencer pour les 4 autres pinces, qu'on essaie de disposer harmonieusement (à distances régulières) autour du bol.
- Admirer l'oeuvre. ;-)


- Ôter les pinces une à une, en les reprenant par les "oreilles" entre le pouce et l'index, et les ranger au fur et à mesure, avec ordre (toutes les "oreilles" sont du même côté), dans le bol.
- Recommencer l'activité, ou aller replacer le bol à sa place.

Au début, Antonin avait tendance à vouloir saisir les pinces par leurs "machoires" et non par leurs "oreilles" ; j'ai donc colorié un cercle rouge à l'endroit où il doit positionner ses doigts, de façon à ce qu'il n'ait pas besoin de mon aide pour faire cette activité. Souvenez-vous que j'essaie d'intervenir le moins possible !! ;-) Je pense que cela l'a bien aidé au début, mais à présent ce repère est inutile. Je le sais parce qu'il utilise correctement mes pinces à linge à moi, qui ne sont pas marquées... Néanmoins, cela permet à présent de distinguer ses pinces, réservées à cette activité, des nôtres, qui sont destinées... à un usage de pinces (maintenir les pièces de linge qui sèchent, quoi !!).


On voit sur ces photographies que les choses commencent à se mettre en place ! J'aimerai juste qu'Antonin saisisse les pinces correctement pour les ôter à la fin, car pour le moment il les reprend à pleines mains. Mais je pense qu'il y viendra de lui-même !

Mûrir une proposition

(Antonin a 25 mois)

Coller des gommettes demeure une des activités favorites d'Antonin. Il a à sa disposition une boite plate, facile à ouvrir, qui contient de grandes planches de gommettes aux formes et couleurs variées. J'ai fini par opter pour ces planches, dont les gommettes sont de moindre qualité que les grosses gommettes pour tout-petits que j'avais acheté la première fois, mais qui permettent une plus grande autonomie. Antonin peut décoller seul ces gommettes de leur support, alors qu'il avait besoin de mon aide pour les premières, plus épaisses, dont il fallait ôter des papiers collants au dos. Je devais alors l'assister pour commencer à décoller ces papiers, qu'il fallait conserver dans une coupelle pour les jeter ensuite. Pas très pratique avec la Damoiselle qui, toujours subjuguée par les activités de son frère, essaie d'attraper tout ce qu'elle peut pour le machouiller...


En alternance avec les collages libres, dont Antonin ne se lasse pas, j'ai commencé à lui proposer de petites compositions. Il ne s'agit pas de "consignes", il est trop jeune pour cela : libre à lui de suivre ma proposition ou pas. C'est ainsi que j'ai tracé un jour une ligne sur son carnet en l'engageant à coller des gommettes dessus. Il  s'est exécuté, me montrant ainsi qu'il avait fort bien compris mon attente, mais a choisi aussi de coller des gommettes à d'autres endroits :

L'oeuvre se trouve soudain "structurée", vous ne trouvez pas ?

Quelques jours plus tard, je proposais à nouveau le même petit exercice, et le résultat fut similaire : des gommettes sur la ligne, mais pas seulement.

Le temps passe à nouveau, et je reviens un jour de la salle de bain où je m'occupais de Louiselle pour constater que mon Damoiseau s'est installé à sa table avec son carnet, son nécessaire à dessin et ses gommettes. Et voici ce sur quoi il avait travaillé :


Je n'ai en rien participé à cette production ! Je n'étais même pas dans la pièce. Mais ma proposition avait mûri, et Antonin avait décidé de l'inclure à son travail graphique. Il est à noter que cette fois, il n'a placé de gommettes que sur cette ligne tracée par lui ! ;-)

Voilà qui illustre parfaitement mon dernier article sur la manière dont un enfant de deux ans "mûrit" les propositions que nous lui faisons, n'est-ce pas ?

jeudi 14 février 2013

Premières présentations Montessori

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Lorsque j'ai proposé son premier plateau à Antonin, il avait 18 mois, et j'ai instinctivement procédé en m'inspirant du déroulé d'une présentation montessorienne. Je me souviendrais toujours de sa réaction, de l'attention portée à mes gestes, de sa patience à suivre la procédure jusqu'au bout, et de son application à m'imiter ensuite. "Simple et efficace", me suis-je dit. Cette impression a été confirmée par le succès rencontré, les mois suivants, lors des présentations de tris de formes et de couleurs.

Et puis... Et puis, Antonin a eu deux ans, et les choses se sont gâtées !  :-D

Avant d'aller plus loin, si vous avez besoin d'une petite révision sur la manière dont on procède en pédagogie Montessori pour faire une démonstration à un enfant, je vois renvoie à ce petit article là de chez Family and Co. On ne procède pas différemment avec un enfant très jeune. Les activités proposées ne sont pas les mêmes, bien évidemment, mais la démarche est identique. J'insisterai simplement sur les points suivants :

- Il est vraiment important de très peu (voire de ne pas) parler pendant la présentation, afin de ne pas briser la concentration de l'enfant. Vos gestes doivent parler d'eux-mêmes. Si vous estimez que vous devez formuler quelque chose, essayez de voir si vous ne pouvez pas le faire à un autre moment. Par exemple, lors de l'activité de tri "grand/petit" que je propose à Antonin, j'estime qu'il est intéressant d'en profiter pour énoncer le nom des objets que l'on trie. Nous le faisons après l'activité en elle-même, au moment où Antonin reprend les objets dans les paniers pour les redisposer sur la table en paire. Mais l'action de trier se elle-même se fait silencieusement. Enfin, si Antonin veut marmoner alors, pour lui même : "Grand... petit... petit...", c'est son choix, bien entendu !

- Réflechissez bien à la présentation en amont et si besoin, entraînez-vous. Vos gestes doivent être exactement ceux que vous attendez de votre enfant, chaque détail compte.

- Ayez conscience que l'entrée dans l'activité et sa clôture ont autant d'importance que l'action en elle-même : comment prendre le plateau, comment ranger le matériel. Cela fait partie intégrante de la démonstration.

- Pendant que votre enfant travaille, ne le touchez pas, ne le corrigez pas, n'intervenez pas. Si vous ne pouvez résister au plaisir de le féliciter, faites-le quand tout est terminé, et non pendant qu'il est concentré sur son action. Et rappelez-vous qu'on peut aussi encourager et congratuler du regard !! ;-)

Ceci étant posé, revenons à nos difficultés. Les activités emblématiques du mois de janvier chez nous ont été les tris, les versés et les mises en paire. Mais Antonin a commencé à montrer de l'impatience, à m'arracher le matériel des mains pendant que je lui montrais comment s'en servir. Lucie, dans son commentaire à cet article, vit des difficultés analogue avec sa fille de deux ans et les exprime très bien : "Quand je lui présente quelque chose de nouveau, écrit-elle, ou lui montre une action, elle refuse que je manipule l'objet à sa place, elle se met en colère aussitôt et se met à pleurer quand je commence à expliquer, car elle VEUT L'OBJET. Alors oui, quelque part, on est en plein dans le "Aide-moi à FAIRE SEUL...", mais là, c'est plutôt "Laisse-moi tout faire seule...". Et oui, exactement.

Pourquoi est-ce si difficile ?

Cela est à mon sens directement lié à l'âge de l'enfant. Les "deux ans" ont compris qu'ils avaient une existence distincte de celle de Maman/Papa, et cette découverte est pour eux  une source d'enthousiasme autant que d'inquiétude. Ils deviennent de petits individus indépendants avec leurs goûts propres. Leurs credo ? "Moi tout seul", et "Non, non, non !". Et aussi : "Ce que désire est à moi". ;-) Tous les challenges qu'ils relèvent quotidiennement sur le chemin du deuil de l'osmose avec leur entourage tant-aimé font qu'ils sont souvent indécis et indociles pendant cette période. Un enfant de cet âge peut refuser une activité le lundi, et l'accueillir avec passion le mardi. Je pense qu'il faut y voir un défi à relever pour les adultes que nous sommes, dont nous sortirons plus tolérants, plus patients, et en ayant vécu l'intense bonheur de les initier aux plaisir de l'exploration et de la découverte.

Est-ce à dire que les présentations montessoriennes ne sont pas adaptées aux enfants de cet âge ?

Honnêtement, je pense que si Maria Montessori pouvait observer certains jours mes déboires avec mon fils, elle sourirait et me rappelerait avec cette bonhommie qui, me semble-t-il, la caractérisait, qu'il est encore très jeune et que les activités montessoriennes ont été pensées pour être proposées à des enfants d'âge scolaire (soit environ 3 ans). Soit. Il est important de toujours avoir ce fait en tête, effectivement. Néanmoins, les enfants de deux ans ont aussi, fort heureusement, d'autres particularités que celle de l'opposition systématique :

- Leur appétit d'apprendre relève de l'instinct de survie et ils sont capables d'une grande concentration.

- Ils aiment les activités ritualisées, qui les rassurent.

- Ils sont des êtres de principes, et s'ils comprennent parfaitement le "C'est à moi !" (c'est même eux qui l'ont inventé...), ils sont en pleine construction de son corrolaire : "Ce n'est pas à moi...".

- Ils éprouvent un attrait irrésistible pour certains matériels dont ils sont capables d'absorber les caractéristiques.

- La démarche les intéresse bien plus que le résultat, et ils aiment répéter inlassablement les mêmes actions.

Tout cela ne vous rappelle rien ? Et oui, les leçons montessoriennes s'appuient justement sur ces particularités enfantines...

En pratique, que faire ?

Proposez, inlassablement. Ne vous mettez pas martel en tête si ça n'a pas marché ce jour-là. Instaurez des phases de découverte libre, le matériel que l'on propose à cet âge le permet tout à fait. Dans une certaine limite cependant : le matériel ne doit pas être "détourné", ni mélangé à un autre. Le premier jour, laissez l'enfant le découvrir en le manipulant sans consigne, et ne commencez vos tentatives de démonstration que le lendemain. Dès que l'enfant vous arrache le matériel des mains, ne dites rien, mais retirez-vous quelques mètres plus loin. Retirez-vous de l'activité et observez. Lorsque son intéret retombe, proposez-lui de ranger avec lui (s'il le faut, rangez seul...) et recommencez tout à zéro le lendemain. Le jour viendra, lorsque votre petit sera prêt à recevoir ce que vous avez à lui donner, où il sera très attentif.

Cette attention survient parfois quand on s'y attend le moins. Je vous parlerai dans mon prochain article de l'activité "pinces à linge" que je propose à Antonin depuis une quinzaine de jours. J'ai peut-être tenté 10 fois de lui montrer sans y parvenir. Une fin d'après-midi à l'ambiance survoltée (Antonin avait refusé de faire la sieste), je ne sais pourquoi, j'ai engagé Antonin à aller chercher son petit tapis, sans y croire du tout. Et pourtant ! Voilà, c'était ce moment-là, il faut croire ! Il a observé avec une attention totale, et depuis il exécute cette activité parfaitement.

Car c'est cela qui est magique : si votre démonstration est bien faite, vous n'aurez, en théorie, pas besoin de la présenter plusieurs fois. En une observation, l'enfant a absorbé et mémorisé tous vos gestes. Cela ne signifie pas qu'il fera bien dès la première fois, mais vous le verrez s'améliorer de lui-même, prouvant par là qu'il a retenu le moindre détail de la présentation. Dans l'activité "pinces à linge", par exemple, Antonin m'a vraiment surprise, pas plus tard qu'hier, à s'appliquer à les accrocher de façon régulière autour de leur support, plus à les ranger toutes dans le même sens. Ces caractéristiques de l'activité avaient été respectées lors de ma présentation, mais je pensais qu'il n'y avait pas prêté attention, puisqu'il ne semblait de pas s'en soucier jusqu'à présent !! 

Et si vraiment, ça ne marche pas... remisez l'activité pour quelques semaines ! Votre enfant n'est certainement pas attiré par ce que vous lui proposez à ce moment-là, mais ça viendra !! ;-) 

Donner du beau à voir


À présent que Louiselle se dresse sur ses jambes, le dessus de ses étagères-cubes est pleinement exploité : elle aime y découvrir les objets que j'y dispose à son intention. Cela m'a donné l'idée d'y placer aussi un sous-verre d'assez grande taille (30 x 40 cm) dans lequel je glisse une reproduction d'oeuvre d'art, que je fais varier toutes les semaines, afin de soutenir son intérêt.


J'avais récupéré, il y a bien longtemps, une pochette Hachette contenant plusieurs dizaines de reproductions de qualité. C'est le genre de matériel idéal pour permettre de varier les images que l'on propose à l'enfant, même si je n'aurais pas forcément choisi certaines d'entre elles.


Pour cette première semaine, mon choix s'est porté sur La Madone du grand duc, attribuée à Raphaël (1505) : quoi de mieux que la représentation d'une mère et de son enfant pour parler au coeur de ma fille ? Le bébé de l'oeuvre doit avoir l'âge de Louiselle, je reconnais cette manière qu'il a de s'accrocher au buste de sa mère et, ainsi rassuré, de tourner vers le monde un regard de défi. Les couleurs profondes des vêtements de la Vierge tranchent avec le constrate des peaux claires et du fond noirci par le temps. Tout pour plaire aux jeunes regards ! ;-)

La réaction de Louiselle fut immédiate : un immense sourire a éclairé son visage, elle a touché l'enfant (son corps, puis son visage, longuement), puis la mère (sa tunique rouge puis son visage, longuement, en s'attardant sur les yeux et la bouche). Elle a ensuite fait glisser ses doigts contre le verre, très étonnée du son produit.


Antonin n'est pas en reste, et aime beaucoup observer cette oeuvre, en faisant de longs commentaires : observer une oeuvre et la décrire est un excellent support pour les situations langagières !

mardi 12 février 2013

Réveils


Depuis quelques semaines, il nous arrive une chose absolument incroyable : nous faisons tous la grasse matinée. Mon homme et moi mettons toujours quelques minutes à réaliser que nous sommes éveillés, et que, mais oui, c'est le doux bruit de la ville qui s'éveille qu'on entend, et le cliquetis du camion-poubelle... Pas de cris d'enfants... Un coup d'oeil à nos montres... Il est sept heures ! SEPT HEURES (et même, parfois, un peu plus) ! Et les petits déjeuners n'ont pas été préparés, les couches de la nuit n'ont pas été changées, nos premiers hectolitres de café sont encore à l'état de poudre et d'eau dans la cafetière que personne n'a allumée... Incroyable. Allez, on va faire semblant de dormir encore quelques minutes...

Pourtant, les enfants sont réveillés. Malgré les oreillers sous lesquels nous avons enfoui nos têtes, nous les entendons. Ils gazouillent. Ils se répondent. Ils ne dorment pas dans la même pièce, mais ne sont séparés que par une cloison. Et cela leur suffit pour se tenir compagnie. 

Louiselle raconte ses rêves de la nuit à son frère en faisant sa gym dans son lit. Elle n'essaie pas d'en sortir, bien qu'elle le pourrait aisément. Le mois dernier, il est arrivé à trois reprises qu'elle se réveille la première. Elle traversait alors tout le salon, dans lequel elle dort, avec détermination, pour venir pousser notre porte entre-baillée et attendre, dans la ruelle de notre lit, que nous la cueillions pour le premier câlin du jour. J'avoue que j'aimais bien. Mais à présent, quand la Damoiselle est réveillée, elle parle à son frère. À neuf mois, vous comprenez, il semblerait qu'on n'ait plus autant besoin de Papa et Maman mais que l'on recherche la fréquentation des tiers... ;-)

Antonin était fort frustré, depuis quelques temps, de trouver la porte de sa chambre fermée en se levant. Nous avions été obligé de l'enfermer, sans quoi il allait illico réveiller sa petite soeur avec des câlins pour le moins... musclés. La liberté (motrice) des uns s'arrête là où commence celle des autres... Mais cette entrave mettait tout simplement le Damoiseau en rage et nous commencions du coup nos journées dans les hurlements de frustrations (Antonin est souvent de TRÈS mauvais poil au réveil). Tout a changé depuis que sa soeur entreprend ses conversations du matin : il l'écoute, assis en tailleur derrière sa porte, en machonnant sa têtine comme un vieux pirate et en maugréant son approbation. Et lorsque nous ouvrons sa porte, Antonin est de très belle humeur...

Voilà pour nos réveils en ce moment. Ça n'est plutôt pas mal. Certainement que ça ne va pas durer comme cela, d'autant plus que nous déménageons dans un peu plus d'un mois. Mais on savoure, et on verra bien de quoi demain sera fait... ;-)