vendredi 27 avril 2012

Difficile deuxième année

Lors de la première année d’Antonin, nous nous sommes - simplement, allais-je dire - appliquer à comprendre son désir et à remplir ses attentes, persuadés que nous étions (que nous sommes) que cette attitude de totale disponibilité parentale et cette rapidité de réponse lui permettait de mesurer la force de ses moyens ; de là, il a jugé le monde bon ou mauvais. Et oui, je suis convaincue que l’enfant dispose d’une année pour devenir optimiste ou pessimiste, pour être confiant ou méfiant envers autrui ! Qu’est-ce qu’une année au regard de l’enjeu ! Il fut donc très important pour moi de ne pas ménager ma disponibilité.

La seconde année, tout change, et hélàs, tout se complique, surtout pour nous autres, les éducateurs. Antonin a fort bien compris qu’il avait un pouvoir sur le monde, et c’est une très bonne chose, parce que c’est vrai. Mais à présent, il doit intégrer qu’il n’a pas TOUT pouvoir sur le monde (ni sur autrui), sans quoi des comportements pathologiques de perversité et de manipulation pourraient s’ancrer en lui pour la vie. Je sais, hélàs, de quoi je parle, pour l’avoir vécu avec des membres de ma famille, ou encore pour le constater dans mon travail. Nous voyons parfois arriver des enfants de 3 ans qui sont des “enfants-rois”, complètement désorganisés, tyranniques et… malheureux.

“Un enfant qui peut faire n’importe quoi sans frein, sans loi, n’est pas un enfant libre : il est l’esclave de ses défauts, qui apparaissent s’il ne vit pas dans des conditions favorables (de même que la maladie peut arriver quand on n’a pas des habitudes et une nourriture saines).” (Jeannette Toulemonde, Le quotidien avec mon enfant, Editions l’instant présent, 2010, p. 85).

Autant dire qu’en tant que parents, cela nous met une pression monstre ! Je ne me rendais pas vraiment compte de cela avant d’être maman. Car, croyez-le ou non, il est bien plus facile de faire accepter la limitation de leur toute-puissance à 30 élèves qu’à un seul fils ! Et oui, mes élèves, je les respecte infiniment en tant que personnes, mais je ne les aime pas. Pas de pathos. Je suis dans la sphère professionnelle. Je n’éprouve pas le besoin de crier (et je n’ai bien évidemment pas le droit de les frapper !), je garde la tête froide face aux conflits et aux tentatives de séduction, j’applique la justice. Point.

Quelle différence lorsqu’Antonin se met à hurler (ah, nous venons de fermer la porte de la cuisine dans laquelle il n’a pas le droit de rentrer seul…) ! J’ai l’impression que mon propre être se déchire ! J’ai l’impression d’entraver son développement ! J’ai l’impression de le faire souffrir et cela me fait souffrir ! Pas évident, dans ce flux d’émotions, de réagir de façon appropriée…

Jusqu’à présent, avec Antonin, nous avions organisé l’environnement de façon à ce que les objets fragiles ou dangereux soient hors de sa portée. Mais voilà, le temps arrive où cette installation n’est plus viable : Antonin est à présent assez fort pour pousser l’ampli et entrer dans la caverne d’Ali Baba. Ou pire, si nous le bloquons vraiment fort, il monte sur le canapé (facile !) et se laisse tomber de l’autre côté… tête la première ! Je l’ai rattrapé au vol il y a deux jours et j’en ai encore des sueurs froides ! Il aurait pu se fendre le crâne ! Evidemment, il a senti mon émoi, et maintenant, à chaque fois qu’il escalade le canapé, une fébrilité complètement disproportionnée le prend… Il ne contrôle plus ses gestes, il menace de tomber, j’interviens, il gesticule, hurle (de rire, souvent, ce qui m’agace puisque j’essaie d’interdire…), le message ne passe pas, nous sommes énervés tous les deux… et il recommence dans la seconde qui vient !

Je constate bien qu’à cet âge, il n’a aucune conscience du danger (certains parents préconisent d’approcher une flamme ou un couteau de la main de leur enfant pour apprendre le “c’est chaud ! ” ou le “ça coupe ! “, mais je ne me vois pas…), ni de ce qui est permis ou pas. Bien sûr, c’est évident qu’il ne faut pas toucher au four brûlant ! C’est évident pour moi, pas pour lui. Et soudain, il a la surprise de me voir réagir par des froncements de sourcils, de gros yeux, voire des cris (c’est nul, je sais…). Réaction du Damoiseau : “Tiens, j’ai le pouvoir de provoquer ces manifestations rien qu’en tendant la main vers le four ? C’est amusant. Vite, recommençons pour voir si ça marche à tous les coups !”

A l'usage des parents bien sûr...
pas des bébés ! ;-)

J’ai beaucoup réfléchi à l’attitude à adopter à ce stade de son développement, et voilà mes conclusions. Puissent-elles aider d’autres parents qui passent par ce cap difficile ! Et bien sûr, j’apprends toujours énormément de vos témoignages ! 

1. D’abord, réorganiser l’aménagement (encore et toujours). Bien faire la part des choses : oui, la cuisine, c’est dangereux (la porte reste fermée). Par contre, la caverne d’Ali Baba est ouverte quelques heures par jour. Et finalement, je constate qu’Antonin n’y fait pas tant de bétises que ça (pour le moment, il n’a jamais dérangé les livres, ni embêté les plantes). C’est comme si ses forces croissaient proportionnellement à sa raison : il peut à présent entrer dans cette partie de la pièce, mais il n’y fait plus les mêmes bétises qu’il y a six mois. J’essaie de lui donner quelque chose d’intéressant à explorer : en ce moment, c’est un petit bol rempli de médiators, de cordes de guitare, etc. qui le fascine. Et ce n’est pas dangereux.

2. En règle générale, j’essaie de détourner son attention de l’attitude que je veux éviter. Il est monté sur le canapé, très excité, et caracole au risque de tomber ? J’explique à Antonin que je ne suis pas d’accord pour qu’il fasse cela, et je quitte la pièce et vais dans sa chambre, en laissant la porte grand ouverte. Je vous préviens, ça suppose d’accepter des battements de coeur… Mais deux secondes plus tard, Antonin est avec moi, complètement calmé (puisque c’est le fait d’être sur le canapé qui l’excite). En fait, il s’agit ici de faciliter l’obéissance de l’enfant en lui proposant quelque chose de plus intéressant à faire. C’est moins épuisant et plus efficace, et de toute façon, gardons à l’esprit qu’avant deux ans, le “permis” et le “défendu” sont des notions complètement extérieures à l’enfant. Lorsqu’Antonin grimpe sur le canapé et gesticule, il est poussé à le faire, et il ne se pose pas la question du pourquoi ni du comment !

3. Antonin me frappe ! Je suis une Maman battue ! Evidemment, chez le tout-petit, c’est expérimental, et je sens bien qu’il exprime ainsi son amour dévorant (tout comme les enfants qui mordent). Mais c’est extrêmement douloureux à vivre, surtout quand on est exténué… Mon reflexe, c’est de crier NON en faisant de gros yeux, puis à m’éloigner. Bon, ça ne s’est pas révélé super-efficace, puisque le Damoiseau recommence  la première occasion (et semble ravi de me donner une baffe, comme s’il m’embrassait !). J’ai décidé de tester une autre méthode : je respire un grand coup, je dis STOP, et je lui saisis la main pour lui montrer comment caresser ma joue. Et je dis “Tu caresses… Caresse…”. Je me dis qu’ainsi j’inscris le bon geste dans son corps.

Et puis, il faut se dire que ce n’est qu’une phase… dont on dira plus tard que c’était “l’âge mignon” !!!

P.S. Encore un (trop) long article… J’essaie de me soigner, mais en attendant, merci à tous ceux qui me lisent jusqu’au bout…

Premières traces

Je vous avais promis ici d’en reparler…

Il y a quelques années, bien avant la naissance d’Antonin, mon petit frère m’avait offert pour Noël un très joli carnet, destiné à la base à recevoir des photographies.  Je le trouvais tellement beau que je décidais de lui réserver un usage spécial… mais lequel ? Le dit-carnet a dormi pas loin de 10 années dans un tiroir…

Et puis, récemment, je me suis souvenu de lui au moment d’offrir à Antonin un support pour ces premiers “dessins” ; plutôt que de le laisser gribouiller sur des feuilles volantes, qui seront irrémédiablement perdues, je me suis dit que ce serait une bonne idée de tout concentrer dans un seul support… Le papier épais, artisanal, donne un rendu assez étonnant aux petits coups de couleur malhabiles…


La question qui se posa ensuite fut : quel “crayon” donner ? Je ne veux pas qu’Antonin manipule nos crayons d’adultes, il est bien trop jeune pour pouvoir positionner sa main. Je préfère qu’il découvre les crayons à l’école, selon une progression rigoureuse… au moment de découvrir les formes à dessin, autrement dit, puisque normalement c’est là la première occasion qu’a l’enfant de tenir un crayon. Mais de là  lui interdire la joie de laisser des traces…

Cela faisait un petit moment que je connaissais les blocs de cire Stockmar ; on en trouve parfois dans les écoles pour les classes de Toute petite et Petite sections. Outre le fait qu’elles soient réalisées à base de substances 100% naturelles (ouf, car Antonin ne peut résister au plaisir de les suçoter !), elles n’induisent pas de mauvaises positions des doigts.


Source de l'image

Quant aux couleurs proposées, je reste fidèle à la progression montessorienne et ne propose que le bloc “rouge” à Antonin. Le fait de pouvoir laisser une trace sur le papier est encore en pleine construction et sa maitrise prendra beaucoup de temps, qui lui donneront bien du plaisir sans qu’il soit la peine de le submerger de couleurs différentes. Ce plaisir-là sera pour plus tard !

Et le rendu est assez beau, non ?



Ah, mais parfois, Antonin dessine avec son Papa, beaucoup moins montessorien que moi… Et on voit alors différentes couleurs se mêler…


Tant pis, n’essayons pas de tout maîtriser (et oui, je vous l’accorde, c’est encore plus joli !)…

jeudi 26 avril 2012

Partager sa chambre

Voilà bien longtemps que je ne vous ai montré la chambre d’Antonin. Il y a eu quelques changements ces derniers temps !

Alors, entrez !

 

Bon, le lit à barreaux est encore là… Mais je vous assure que ses jours sont comptés. J’avais prévu de le remplacer par un lit à même le sol avant la naissance de la Damoiselle, mais j’ai eu un petit contre-temps organisationnel… Du coup, je pense attendre (encore !) que la naissance soit digérée (dans un mois ou dans trois ans ?) avant de demander à mon tout-petit d’être grand ! Je vous tiens au courant…


Par contre, je ne puis résister au plaisir de vous montrer de près la couverture/couvre-lit que j’ai tricoté pour le Damoiseau cet hiver. S’pas, qu’elle est belle ? 

Oh mais… quoi t’est-ce de ce côté ????


On dirait bien qu’il va falloir partager l’espace… ;-)

mercredi 25 avril 2012

Avoir un Papa

Antonin et son Papa en mars 2011

Avoir un Papa, c’est, dès la venue au monde, s’habituer au contact d’une peau et d’une odeur particulières ; c’est reconnaître une voix chuchotante par l’intonation et par l’accent. C’est comprendre, lorsque les larges bras nous soulèvent pour la première fois et nous éloignent du ventre maternel, qu’on est toujours bien entouré, même si on ne flotte plus dans le liquide.

Avoir un Papa, c’est être aidé pour faire le pont, le lien entre ce qu’on a connu intra-utéro, et ce qu’on va connaître en tant qu’être humain vivant sur une planète de l’univers. Tout ce que la Maman a assumé auparavant, du dedans, peut être relayé par le Papa, au dehors.


Quand j'étais dans le entre de ma mère, Didier Lévy,
Yves Got, Albin Michel Jeunesse, 1998.

Avoir un Papa, c’est avoir été rêvé… doublement !

mardi 24 avril 2012

Le repas en deux temps d'Antonin

Voici un exemple de repas de midi, en semaine, chez nous.


Pendant que je prépare ma propre assiette, que je fais la vaisselle ou une recette, Antonin s’occupe dans sa chaise haute. Ce midi, il a joué à transvaser les fruits de leur corbeille à sa poêle adorée (et vice-versa).
Une bonne occasion pour les soupeser, entendre les noms des fruits que j’énonce au fur et à mesure, et… les goûter !

Bof, pas top, l'orange avec la peau...

Premier temps :

Puis je propose à Antonin son repas “de bébé” : une purée finement mixée et pas trop épaisse (le Damoiseau a des goûts précis). Ce midi, ce fut pommes de terre et carottes cuites à la vapeur et broyées, additionnées d’une cuillère à soupe de houmous. Le Damoiseau a fait beaucoup de progrès pour manger à la cuillère et j’entrevois que le moment viendra, dans quelques semaines, où je n’aurai plus besoin de l’aider. Chouette ! Je profite aussi de l’occasion pour réhabiliter les cuillères Baby Bjorn que j’avais dénigrées dans un précédent article. Maintenant qu’Antonin a des gestes plus précis, ce sont celles qu’il parvient le mieux à remplir et à porter à sa bouche (ou à ma bouche, car mon fils me nourrit, c’est merveilleux !).

L’appétit d’Antonin est généralement bon, mais parfois, ce n’est pas ça. Je n’insiste jamais, je ne fais jamais aucun commentaire ; après tout, pour nous c’est pareil, l’appétit, ça va, ça vient. Et on n’a jamais vu un bébé se laisser mourir de faim.

Ce midi, après quelques cuillèrées, Antonin m’a réclamé des “gâteaux“. J’accède à sa demande quand il réclame, mais j’évite tout de même de lui donner trop d’items sucrés. Le repas s’est donc poursuivi par une biscotte au riz et au maïs bio et une belle tranche de pain de seigle au levain naturel bio itou. Et ça tombe bien, car non seulement il en a besoin, mais il adore ça !


Second temps :

Pendant ce temps, j’achève de préparer mon assiette. Comme je mange seule en semaine, c’est toujours très simple, souvent une assiette composée à partir de restes grapillés dan le frigo. Ce midi par exemple : une carotte crue en rondelle, du houmous, du pain de seigle et des légumes poêlés (oui, j’ai réussi à récupérer ma poêle pour qu’elle remplisse son office de poêle !). Yum, yum !

Et du même coup, je prépare une seconde assiette à Antonin : c’est son repas de grand. En l'occurrence, une petite tartine de houmous, un tronçon de carotte et une pincée de légumes grillés. Tous les groupes alimentaires sont représentés, mais en quantité infime. J’essaie qu’il y ait du cuit et du cru, du nature et de l’assaisonné, des textures variées, etc. Il faut être honnête et reconnaître qu’une grande partie du contenu de cette assiette se retrouve par terre… D’ailleurs, en faisant ensuite le ménage, j’ai souvent l’impression qu’il y en a plus par terre que ce qu’il y avait sur la table… Etrange… :-)

Miam !

Et nous avons ensuite partagé le dessert : une pomme jaune, acide et ridée comme nous les aimons, Antonin et moi !

Bon appétit !

lundi 23 avril 2012

Simplicité parentale

Oui, le titre de cet article est un peu bizarre : il s’agit d’une tentative de traduction d’un concept anglo-saxon “the simplicity parenting“, un mélange entre le concept de parentalité et celui de simplicité volontaire. Très curieusement, le concept n’existe pas en français et aucun des livres traitant du sujet n’a, à ma connaissance, été encore traduit.

Simplicity parenting,
Kim John Payne M. Ed, Lisa M. Ross
Living simply with children, Marie Sherlock.
Raising kids who will make a difference,Susan V. Vogt.


Je suis bien décidée, dès que j’aurai un peu récupéré (dans treize ans ?), à lire ces ouvrages en anglais ! Pour le moment, étant toujours dans un état de demi-somnolence, j’aspire à des lectures plus aisées… L’un de vous connait-il un de ces ouvrages (ou d’autres sur le sujet) ?

On peut se demander quel est le lien entre simplicité volontaire et éducation montessorienne… Peut-être n’y en a-t-il pas directement, d’ailleurs. Ce serait un bel anachronisme d’imaginer Maria Montessori se préoccupant de ces questions !! Pourtant, si elle vivait à notre époque, je suis sûre qu’elle s’y intéresserait. Et je constate que bon nombre de parents sensibles à sa pédagogie et à son bon-sens sont des parents qui tiennent à certaines valeurs de simplicité.

Et puis, il y a autre chose. L’aspect matériel tient une telle place dans la pensée montessorienne ! Bien sûr, il s’agit d’un matériel “investi d’esprit”, qui n’a d’intérêt que parce qu’il n’a pas sa fin en soi ! Il ne s’agit pas de posséder de jolies petites chaises pour enfant pour posséder de jolies petites chaises pour enfant !, mais bien pour favoriser l’autonomie, le sens du beau, etc… N’empêche que le marché de l’enfance est lucratif, que les écoles Montessori sont chères (quand on sait ce que coûte une école à une collectivité, c’est totalement justifié, bien sûr), et que le matériel pédagogique Montessori, même si on décide de le fabriquer soi-même, coûte un bras…

Enfin, toujours est-il qu’engluée comme je suis actuellement dans des préoccupations matérielles (ré-aménager notre minuscule salle de bain avant la naissance de la Damoiselle de façon à ce qu’il soit aisé d’y changer deux bébés… et de s’y laver pour deux adultes !, finir d’organiser la chambre d’Antonin, remiser une fois pour toutes mes manuels scolaires puisque je ne reprends pas le travail avant deux ans, ranger les belles étagères de la cuisine que je viens d’installer avec ma maman, et je ne parle pas de mon sac pour la maternité qui n’est même pas bouclé…), j’aurai bien eu besoin de “faire une pause” avec une de ces lectures pour m’aider à me recentrer sur l’essentiel !

Du coup, je rêve, et j’essaie d’imaginer les idées directrices que peuvent contenir ces livres. Il est vrai que si on ne tient compte que de l’éducation des bébés, la “simplicité parentale” est, somme toute assez facile à instaurer, puisque l’enfant de moins de trois ans se construit psychologiquement dans un rapport d’identification à ses parents. Il ne s’agit pour nous, pour le moment, que d’être conséquent vis-à-vis de nous-mêmes, et le tout-petit n’est pas dupe. Ce ne sera qu’ensuite que les choses se gâteront, que nos loupiots se mettront à désirer le dernier gadget à la mode… Et ce sera alors le temps épuisant des explications, des démonstrations… avec parfois le sentiment de ne pas faire le poids devant les séductions stupides des publicités… Si vous étes passés par là avec un enfant plus grand, ou un ado, s’il-vous-plait, racontez-moi !

Voici quelques idées (simple bon sens, en fait) que j’essaie d’appliquer :

1. Concernant l’alimentation, l’allaitement maternel est de loin  la solution la plus simple et la plus naturelle pour nourrir son bébé. Pour continuer dans une bonne dynamique, on peut préparer soi-même, avec de bons produits bio, compotes, jus de fruits ou de légumes, et petits pots. Dès que les horaires du bébé le permettent, organisons-nous pour que les repas soient pris tous ensemble, en famille (sans télé, ni radio, cela va de soi…). C’est un moment pour échanger, relater sa journée, faire part de ses joies et de ses préoccupations, et pour se détendre. Prenons notre temps ! Ecoutons ce que nos enfants ont à nous dire, et profitons de l’occasion pour leur inculquer les bases en matière d’équilibre alimentaire et de diététique. Très vite, toute la famille peut participer aussi bien à la confection du repas, qu’à mettre la table et à la débarrasser. Pour aller plus loin, on peut se débrouiller pour apprendre à reconnaître les plantes sauvages comestibles, et partager ce savoir ancestral, hélàs oublié, à nos enfants ! Il suffit de se baisser pour ramasser bourrache ou ortie, et leur cueillette est l’occasion d’agréables promenades en campagne ou en montagne. De plus, nombre de ces plantes ont des vertus thérapeutiques reconnues !

2. Incitons nos enfants à sortir et à jouer avec les amis de leur âge. Prendre l’habitude tout petit du plein air, du sport et de la nature le préservera (peut-être) des trop longues heures passées devant la télévision ou les jeux vidéo… On peut alors espérer que quelque chose lui manquera ! Dès que l’enfant marche de manière assurée, essayons de l’habituer à nous suivre en promenade : ne le sous-estimons pas, un enfant peut parcourir 1,5 km par année d’âge (soit 3 km à 2 ans et 4,5 km à 3 ans, et oui !). Pour motiver un enfant à marcher, il suffit parfois de lui donner un objectif concret : s’il nous suffit, à nous, de nous dire que nous allons visiter une ancienne chapelle, l’enfant sera plus motivé si on lui donne de petits défi (”trouver 3 jolies plumes”, “ramasser quatre fleurs pour notre herbier”…). Et pourquoi pas des vacances à dos d’âne ? Il existe des “asineries” (fermes qui élèvent des ânes) qui font aussi gîte rural, et qui mettent à disposition un âne pour nos ballades en campagne. Les enfants apprennent à le brosser et à le seller. Ce compagnon à quatre pattes porte bagage, pique-nique… et bambins fatigués ! Enfin, équipons nos vélos pour pouvoir transporter nos enfants (dès qu’ils parviennent à s’asseoir seul et que les muscles du cou sont assez solides, soit vers 8-9 mois environ) ! Le vélo est idéal pour les loisirs, mais il est aussi très utile au quotidien pour les petits déplacements, en ville comme en milieu rural.

3. Dans le même esprit, n’ayons de cesse de pratiquer avec eux des activités manuelles et créatives, dont certaines peuvent être démarrées dès la naissance (jeux, lectures, puis escalades, peinture, puis bricolage, cuisine…) ! Attention néanmoins à ne trop multiplier les activités à l’extérieur. Ménageons du temps libre à nos enfants, pour une sieste en famille, ou une séance de massage, pour prendre le temps d’écouter les chants d’oiseaux au fond du jardin ou de feuilleter ses albums préférés… Et si l’enfant tourne parfois un peu en rond, tant mieux ; son ennui se transformera en créativité et décuplera son imagination. Rappelons-le : pas de télévision, d’ordinateur ni de jeux vidéo avant trois ans ! La lecture, à l’inverse, est fortement conseillée, et elle est quasiment gratuite pour peu que l’on s’inscrive en bibliothèque. Réhabilitons enfin les jeux de société en famille ou entre amis. Il en existe de très intelligents qu’on peut proposer de bonne heure, le choix est vaste !

4. Les tout-petits sont très réceptifs à l’écologie et aux questions environnementales car ils ont un attrait inné pour la nature et les animaux. Les activités montessoriennes ne manquent pas pour entretenir et structurer cet intérêt. Si vous avez un jardin, faites participer l’ensemble de la famille pour en faire une occupation saine et ludique à la fois. Nos enfants y gagnerons à passer quelques minutes par jour à arroser ou désherber ; et les fraises récoltées seront leur meilleure récompense ! A défaut de jardin, un simple balcon ou coin de terrasse peut être aménagé pour permettre à l’enfant de planter des graines dans de petits pots.

5. Le plus difficile à appliquer : être présent, à chaque instant. Nos enfants grandissent si vite !

Avez-vous d’autres idées sur le sujet ?

Allez, une petite citation de Gandhi pour terminer :
“Vivons tous simplement pour que tous puissent simplement vivre.”

jeudi 19 avril 2012

L'entrée discrète dans la vie pratique


15 mois, c’est l’âge de l’imitation.

Antonin nous observe beaucoup, souvent à notre insu et bien sûr, cela a les conséquences que cela doit avoir :

1. Le Damoiseau se passionne pour les objets domestiques. Cela a commencé, il y a bien des mois, par l’aspirateur. Je ne peux le passer sans qu’Antonin me suive à la trace. Il en manipule les éléments, s’entraîne à brancher l’appareil… Mais le plus drôle, c’est évidemment d’appuyer et de ré-appuyer sur le bouton “marche-arrêt”. Bon, je passe l’aspirateur en pointillé (VROUM - silence - Antonin ? - re-VROUM - Merci Antonin - re-silence, etc.), mais on y arrive. Et les voisins doivent se demander ce qui se passe, une fois de plus… Depuis quelques semaines, c’est le balai qui le fascine, mais hélas, l’objet est bien trop lourd pour être manipulé aisément. Il faudra attendre un peu, Damoiseau ! En ce moment, c’est notre pôele à frire qui déchaîne un amour sans borne. D’ailleurs, si je peux bloguer en ce moment, c’est parce qu’Antonin est en train de lui raconter sa vie.


2. L’écho a envahi l’appartement. Il y a deux sortes de mots au répertoire du Damoiseau : ceux qu’il suffit de prononcer pour qu’ils soient suivis d’un effet prévisible : “Gâteau” (On me donne un gâteau, ou une tranche de pain, ou une biscotte), “Au revoir” (Papa s’en va), “Non” (On arrête de me tendre cet objet), etc. Et puis il y a ceux dont le sens n’est clair pour personne, mais qui ponctuent sans cesse les conversations des adultes : “Hop”, “Alors…”, “Attends”. Nous nous rendons compte que nous les prononçons extrêmement souvent (tics de langage…) car à chaque fois une petite voix se fait entendre : Hop ! Hop ! Ayô… Attends, attends !

3. Les gestes du quotidien se révèlent pleins d’attraits : se brosser les dents, passer une petite éponge (une éponge coupée en deux) sur la table, puis un petit chiffon pour “frotter” et “essuyer” (Antonin comprend très bien ces mots). C’est une entrée discrète dans ce que Maria Montessori appelle la vie pratique, ça, ou je me trompe ?

En réaction, j’ai voulu proposer un petit jeu à Antonin, extrait de ce livre-là, qui consiste à nouer un foulard en rond et à parsemer la pièce de papiers de brouillon roulés en boule. Le but du jeu est de réunir les boules de papier à l’intérieur du foulard. C’est un jeu de rangement, en somme. Il s’agit d’une activité préparatoire à celle du balayage (qui consiste également à rassembler des objets dans un espace donné).

J’ai donc fait une démonstration à Antonin, mais c’était sans compter sur sa poêle à frire adorée. Le jeu s’est très vite transformé en transvasement, à la main, d’un contenant à l’autre :



 Puis le Damoiseau a trouvé qu’à la main, ça n’allait pas assez vite :

Comme ça, c'est plus rapide !

Et finalement, qu’est-ce que c’est que cette histoire de foulard ? Antonin l’a mis de côté et remplacé par une de ses caisses à jouets vidée :



Et voilà un nouveau jeu, qui n’a plus grand chose à voir !!! 

Edit du lendemain : Le jeu a été reproposé ce matin, avec un franc succès ! Cela avait mûri pendant la nuit, il faut croire ! A refaire !

mercredi 18 avril 2012

Penser (à) la naissance

Ce matin, surprise ! Alors que la grisaille devait durer toute la journée, la matinée s’annonce douce et ensoleillée. Antonin, mon gros bidon et moi, en profitons pour aller faire quelques emplettes en ville, essentiellement le matériel nécessaire à la fabrication du mobile de Munari. Je vous en reparlerai quand son heure sera venue (je compte le proposer à la Damoiselle à partir de ses 3 semaines environ).

Nous sommes aussi revenu avec ça :

"Pour une naissance sans violence",
Frédérick Leboyer, Seuil, 1974.

On ne le présente plus, ce classique  par lequel en 1974, Frédérick Leboyer fit connaître, pour la première fois, ce qu’il vivait en pratique dans sa maternité. Il y eu un film aussi, à l’époque, je vais essayer de me le procurer. Ce pionnier traite le nouveau-né comme une personne : rappelons qu’à l’époque (qui est celle de ma naissance, qui fut atroce), le nouveau-né est saisi, tenu par les pieds la tête en bas, secoué, ébloui, assourdi, ses voies respiratoires sont dégagées systématiquement, le cordon est coupé immédiatement l’obligeant ainsi à prendre sa respiration trop tôt… Que les âmes sensibles me pardonnent, mais une génération plus tôt, on n’anesthésiait même pas les nouveaux-nés subissant des interventions (ben quoi, ils ne sentent rien !).

Il suffit de quelques heures pour lire ce livre. La prose un peu emphatique caractéristique des annnées 70 peut faire sourire ou agacer, mais je trouve que cela rend la lecture légère, ce qui est appréciable quand on est fatigué comme je peux l’être. Et puis, c’est une excellente préparation psychologique à l’accouchement (pour moi, prévu dans moins de trois semaines !).

La Damoiselle va naître au même endroit que son grand frère ; il s’agit d’une clinique mutualiste qui, il y a quelques années, faisait figure de pionnière dans le respect qu’elle accordait au nouveau-né. Aujourd’hui que ces pratiques tendent à se généraliser, je ne sais pas si c’est mieux qu’ailleurs… Mais n’ai aucune envie de tenter une comparaison ! J’ai là-bas mes repères, et, de plus, la clinique est proche de mon domicile, ce qui rassure pour le jour J.

J’aborde mon second accouchement bien plus sereinement que le premier ; pour Antonin, je me souviens ne pas avoir su dire à la sage-femme, au moment du pré-travail, ce que je souhaitais pour cette naissance. Je faisais confiance à l’équipe (je le fais toujours !), mais quoi d’autre ? Cettte fois, je sais exactement ce que je dirai :

1. Pour Antonin, les poussées étant très virulentes, la sage-femme qui m’assistait a décidé de ne pas me faire faire de péridurale, mais seulement une rachi-anesthésie, dont l’effet est limité dans le temps. La seule conséquence de cette anesthésie a été de me couper  complètement de mes sensations de poussées (mais pas des douleurs des contractions, qui furent maximales !). J’ai eu beaucoup de difficultés à vivre cet état de fait, je me sentais complètement dépossédée de mon accouchement ! Lorsqu’une contraction arrivait, que je recevais de plein fouet, tout le monde me disait : “POUSSEZ !”, et moi : ” Pousser ? Là, tout de suite ? Mais non, j’ai mal, là, pas possible !”. Pas étonnant que l’expulsion ait duré 2h30… Cette fois, une chose est sûre, je refuse la rachi-anesthésie.

2. Et la péridurale ? J’avoue que l’idée que l'on puisse atténuer ma douleur me séduit… Mais une chose me terrifie : accoucher sur le dos. Avec le catétère, plus question de se lever. Or, les seuls moments où j’ai réussi à “faire descendre” Antonin et à me sentir un peu maîtresse de ce qui se passait sont les moments où j’étais… accroupie ! Merci, la gravité ! Problème : la clinique n’était pas du tout équipée pour m’installer ainsi ! Je poussais comme si nous étions au fin fond de la forêt vierge, pendue au cou de mon mari qui me soutenait par derrière, soulevée par la seule force de mes cuisses (jambes de gazelle garanties en quelques heures, Mesdames !)… Mais je préférais être ainsi qu’allongée sur le dos, position que je trouve d’une part très humiliante et invalidante, d’autre part fort inconfortable (le poids de mes bébés m’écrase littéralement !). Bien sûr, si on me dit qu’avec la péridurale, cette difficulté passe à la trappe… Des témoignages ?

2. J’ai déjà parlé du fait que les lumières étaient trop vives à la naissance d’Antonin. Je conçois que les sages-femmes aient besoin de lumière pour faire leur travail, mais je leur demanderai de limiter cette lumière au strict minimum en fonction de leur besoin. Et ce, avant même l’expulsion, pour créer une atmosphère sereine.

3. Dans le même esprit, j’ai beaucoup crié en mettant au monde Antonin. Cela me faisait du bien, j’avais l’impression d’avoir, par mes cris, une sorte d’emprise sur les évènements… Les sages-femmes ont essayé de me faire entendre que je gaspillais dans mes hurlements une énergie précieuse que j’aurais pu mettre au sevice des poussées. Mais allez faire entendre raison à une parturiente… Aujourd’hui, je m’aperçois qu’elles avaient raison ; de plus, ces rugissements (car ç’en étaient !) ont fortement impressionné mon homme… Et quel effet cela a-t-il eu sur mon petit ? Antonin a beaucoup pleuré à la naissance. Même immédiatement couché sur mon ventre, il me semble qu’il a pleuré de longues minutes, peut-être même un quart d’heure entier, jusqu’à ce qu’il soit mis au sein… A la lecture de Pour une naissance sans violence, j’apprends avec surprise qu’un enfant ne pleure pas nécessairement à sa naissance, et que c’est, bien evidemment, un signe de bien-être. Je crois avoir beaucoup trop crié moi-même, pendant 2h30, pour créer ce climat de sérénnité dont le Damoiseau avait besoin… (pardon, mon bébé !). Je vais donc essayer cette fois de me concentrer sur mes sensations en silence, et je demanderai à l’entourage médical de ne parler que si nécessaire, et à voix basse. Quant à mon mari, je le connais : ce n’est certainement pas le moment où il se lancera dans un grand discours ! Peu loquace en temps ordinaire, il faut le voir là, avec l’émotion qui lui noue la gorge ! 

4. Et puis, il y a plein de choses que je ne veux pas que l’on change : le fait que la sage-femme dépose mon bébé sur mon ventre aussitôt né et s’éclipse discrètement pendant 15 bonnes minutes. Le fait qu’on ne coupe le cordon qu’ensuite, que ce soit le Papa qui fasse les premiers soins (seuls ceux absolument nécessaires) et l’habillage (Jeannette Toulemonde conseille d’habiller les nouveaux-nés avec des vêtements à leur taille pour limiter les plis et épaissseurs, et mis à l’envers pour éviter le contact de la peau si délicate avec les coutures grossières !), le fait que pendant tout le séjour, mon bébé ne m’aie pas été enlevé une seule fois (pas de danger qu’on me l’aie échangé au berceau, celui-là).  

5. Je suis pleine de bonnes résolutions concernant l’allaitement, le peau-à-peau ou les massages… Mais nous ne sommes déjà plus en train de parler de la stricte naissance ! A suivre, donc.

Présentement, Antonin est couché, je vais donc aller faire ma petite sieste, moi aussi. Depuis hier, j’essaie de faire de l’endormissement un véritable exercice de sophrologie pré-natale : allongée à mon aise sur le côté, un oreiller bien calé sous le ventre, j’applique une main sur mon bébé et je me détends au maximum, en passant en revue chaque partie de mon corps pour les détendre. Je m’inonde de pensées positives telles que : “Je suis bien avec mon bébé en moi”, “Je suis en prolongement avec mon bébé”. Très vite, je me sens en symbiose avec la Damoiselle (qui ne manque pas de se manifester par d’amples mouvements sous ma main). Je m’imagine en train de la cajoler, de la bercer. Et lorsque je m’endors, elle fait partie de mon être, de ma respiration, de mes pensées.

(Je vais associer le Papa à ce petit rituel dès ce soir, je suis sûre que cela nous aidera à vivre les contractions le moment venu !)

mardi 17 avril 2012

Antonin marche !


J’ai été fort surprise lorsqu’un ami à moi, deux fois papa, a émis l’idée suivante : “Chez les enfants, tous les apprentissages sont progressifs. Sauf la marche. La marche, c’est soudain. Un jour, ils ne marchent pas, et le lendemain, boum !, c’est acquis.”

Ah ? Je ne sais chez vous, mais pour Antonin, cela ne s’est pas du tout passé comme cela. Cela a été, comme tous les apprentissages effectivement, extrêmement progressif.

Le premier “pas“, si j’ose dire, a d’ailleurs sans doute commencé lorsqu’il s’est mis à marcher à quatre pattes, développant ainsi sa musculature. Un jour, il s’est dressé debout avec appui. Et du même coup, a commencé son apprentissage de la chute (il est très important de savoir tomber avant de savoir marcher, non ?). Puis, par jeu, il a lâché ces appuis pour se laisser tomber dans de grands éclats de rire. Plus tard, il s’est exercé à se mettre debout sans appui ; c’était difficile mais amusant. Et dans le même temps, rester immobile, sur place, sans appui, c’était intéressant aussi. Parallèlement, l’exploration de la maison continuait. Antonin marchait de plus en plus vite, de plus en plus souplement, en s’appuyant sur tout ce qu’il trouvait. Et tant mieux si c’était varié (en hauteur, en densité…). Est arrivée l’impérative activité des transport d’objets, absolument nécessaire pour le repérage dans l’espace, et que le Damoiseau allait répéter inlassablement : je déménage mes bouteilles d’eau colorée de mon étagère au canapé, puis du canapé à mon étagère, et ce, des dizaines de fois sans me lasser. Oui, mais cela suppose de ne prendre appui qu’avec une main… Et puis parfois, on ne prend plus appui du tout, l’espace d’un pas ou deux… Un jour, il a appris  à escalader (monter et descendre) et à monter les escaliers à quatre pattes… Et il jouait, un peu parce qu’il voyait bien que cela faisait plaisir aux adultes, à faire 2 ou 3 pas sans tomber… puis 7 ou 8 pas sans tomber…

Moi, pendant tous ces mois, j’observais, et je trouvais cette progression plus rigoureuse que si un éminent professeur l’avait construite !

Bien sûr, comme tous les parents, j’attendais avec émotion le moment où mon fils allait se transformer en petit bipède : c’est indubitablement samedi dernier que tout a commencé. Car ce samedi 14 avril, Antonin a été pris d’une véritable frénésie de marche. Plus question de faire plaisir à Papa et Maman, il s’agit cette fois d’un véritable élan vital. Voilà maintenant 3 jours qu’il arpente l’appartement dans tous les sens, avec une fierté et une obstination sans égales. Oui, bien sûr, il y a encore quelques chutes, mais il se relève instantannément, et choisit de plus en plus spontanément ce mode de déplacement plutôt que le quatre pattes.

“Grâce à son premier pas, l’enfant parvient à un niveau plus élevé. Si nous l’observons à ce moment-là, nous voyons qu’il a tendance à atteindre un degré supérieur d’indépendance. Il désire agir selon sa propre volonté, c’est-à-dire qu’il veut transporter les objets, s’habiller, se déshabiller seul, manger par lui-même, etc… et ce n’est pas l’effet de nos suggestions qui le stimulent. Il a en lui une impulsion vitale.” (L’Esprit absorbant, chap. “La conquête de l’indépendance”, Maria Montessori).

C’est un moment extrêment émouvant pour nous autres parents. On sent bien que plus rien ne sera comme avant, que le bébé est en train de devenir petit garçon. D’ailleurs, soudain, il ne ressemble plus vraiment à un bébé.

C’est en tout cas une nouvelle occasion de repenser les aménagements que nous offrons à notre enfant. Voici quelques idées de ce que l’on peut faire pour un enfant marcheur :

1. Si ce n’est déjà fait, lui proposer une étagère à sa taille pour ranger ses jouets.


2. Investir dans une petite chaise et une petite table, qui peuvent se trouver aussi bien dans la cuisine, dans le salon ou dans la chambre de l’enfant selon la place dont vous disposez. Rien ne vous empêche d’avoir une petite table dans chacune de ces pièces, d’ailleurs ! Elles se révèleront bien pratiques pour dessiner, faire de la pâte à modeler ou manger dans quelques semaines. En attendant, l’enfant apprend à s’assoir, les déplace, les escalade… bref, il se les approprie.

 


3. Commencer à réfléchir à l’espace “toilette” dans la salle de bain, qui doit être bien accessible, et pourvu des accessoires nécessaires à l’autonomie. Je réalise en ce moment que l’escabeau dont Antonin se sert pour accéder à notre lavabo n’est pas sûr : le Damoiseau est trop petit pour, à la fois, se plonger dans l’activité avec concentration et gérer son équilibre. Je songe donc à tout réorganiser… Je vous tiens au courant ; cela se fera progressivement, disons dans les deux mois à venir. Si vous avez des suggestions, je prends !

lundi 16 avril 2012

Moi, j'aime pô être enceinte...

 
Je crois que je vais casser un mythe (et peut-être provoquer une levée de bouclier).

Car, comme chacun le sait, la vraie Maman montessorienne s’émerveille de chaque seconde de sa grossesse, attentive au moindre bruissement de la chair de sa chair, consciente en permanence de porter en elle une vie à part entière. La grossesse est bien sûr une merveilleuse période d’épanouissement pour la femme, tant sur le plan physique que moral ; si, si, y’a même un tas d’hommes qui me l’ont expliqué (un certain a même ajouté que c’était “l’état naturel” de la femme, heureusement pour lui que je n’avais rien sous la main à lui jeter au visage !). Regardons-la de plus près, cette maman-à-l’état-naturel : elle a le cheveux gras, des cernes jusqu’au milieu des joues et des vergetures à foison… Elle n’en a cure, bien sûr. Mais quid du mal-être, des angoisses, et de tout un ressenti difficile à exprimer, parce que tabou ? Comment exprimer appréhension ou culpabilité sans passer pour une mère indigne ?

Et bien je suis désolée de l’admettre, mais moi, j’en ai plus que marre d’être enceinte. Dire que la perspective d’avoir un second enfant me comble de joie est pourtant un doux euphémisme. Comme Antonin, la Damoiselle est un bébé trés désiré, mais… Est-ce le fait que j’ai été enceinte pendant 18 mois sur les 25 derniers ? D’ailleurs, il m’arrive de me dire : “Tiens, la dernière fois que je suis venue ici, j’étais (déjà) enceinte” et on me répond : “Oui, mais toi, tu es toujours enceinte”. Moui. Ben n’empêche, moi, je déteste être enceinte (mais j’adore avoir des bébés).

C’est bien simple, pendant neuf mois, j’ai l’impression d’être dépossédée de ma vie. Lorsque j’apprend la bonne nouvelle, je me dis : “Youpi, nous allons avoir un bébé. Quant aux neuf mois à venir, il n’y a qu’à faire comme si de rien n’était. C’est vrai, il n’y a aucune raison de perdre dynamisme et bonne humeur ; la grossesse n’est pas une maladie ! Et il parait qu’on est très belle quand on est enceinte : certaines hormones font ça pour nous. Vive la vie, donc, c’est parti.”

Deux jours plus tard, je suis clouée au lit par une fatigue absolument insurmontable ; j’ai des nausées en permanence, qui vont parfois jusqu’aux vomissements ; j’ai envie de pleurer (et je pleure) sans raison. Et pourtant, il faut continuer d’aller travailler, de tenir la maisonnée, de faire la queue dans les magasins malgré les étourdissements (personne ne vous laissera jamais passer au premier trimestre de grossesse ; et vous aurez beau dire que vous êtes enceinte, on vous regardera avec blâme : “Ce n’est pas bien de tenter de resquiller !”. Mais d’ailleurs, on ne vous laisse pas passer ensuite non plus. C’est simple, dans les queues des supermarchés, votre ventre, si énorme soit-il, devient invisible. Bref.). Le premier trimestre est pour moi un véritable calvaire ; le deuxième trimestre est le temps des questions et des angoisses (serais-je à la hauteur ?) ; le troisième trimestre est absolument déprimant (quoi, une grande fille comme moi, incapable de mettre seule ses chaussettes ?).

Je dois vite me rendre à l’évidence : je ne gère plus ni mon corps, ni mes émotions. Je ne sais pas ce que font mes hormones à moi, mais enceinte, je suis littéralement affreuse : je ne parlerai que des boutons et plaques rouges, semblables à de l’acné, qui couvrent mon visage. Mon ventre est tellement proéminent (je prends tout devant) qu’il m’arrive de perdre l’équilibre, plouf, comme ça, apparemment sans raison. Alors, qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit de mon “état naturel”. Je me sens complètement prisonnière de ce corps qui ne m’appartient plus. Une transformation aussi radicale (je prends jusqu’à 1 kilo tous les 15 jours; mais comment le corps fait-il pour s’adapter à cela ?) est vraiment difficile à supporter. Les abominables tenues de grossesse n’arrangent rien (et la mode de cet hiver des robes sac-à-patates non plus…). J’ai la sensation de me “dépersonnaliser” : je ne pense plus à moi-même que comme “la future maman”. Je ne parlerai pas (non, non) de toutes les retombées sur la vie du couple… Je ne parlerai pas des réactions de l’entourage qui, soit se montre insupportablement prévenant et protecteur (Je suis enceinte, pas handicapée !), soit totalement inconscient de ce que j’endure (Oui, je suis fatiguée malgré mes deux siestes et ma grosse nuit : je fabrique un être humain !). J’ai l’impression d’être punie pendant 9 mois. Et si une plainte m’échappe, j’ai droit à un “Mais c’est pour la bonne cause !” (Alors, là non, mon enfant n’est pas “une bonne cause, c’est une merveille d’entre les merveilles, nuance) ou à un “C’est bientôt fini !” (Ben voyons, il n’y a que la grossesse des autres pour passer vite).

Si on me proposait de dormir pendant 9 mois et de me reveiller juste pour la naissance, j’accepterais sans hésiter ! On parle parfois de “délivrance” pour parler de l’accouchement ; ç’en est une pour moi, littéralement ! Pour Antonin, j’étais d’ailleurs tellement heureuse d’avoir accouché que je n’ai pas eu de baby-blues. Et cette fois-ci, je me demande si je ne vais pas faire une fête à tout casser (en me gavant de sushis, de champagne et de fromage au lait cru ! Na !).

Plus sérieusement, je pense qu’il y a un véritable consensus sociétal actuellement pour nous faire croire que la grossesse est un moment de bonheur absolu : la France veut des bébés, elle ne va pas rappeler aux mères à quel point cela est difficile ! Mais devenir parent est problématique. Il ne serait pas normal qu’il ne le soit pas. Mais ce tabou de la grossesse mal vécue a du mal à tomber ; il isole et culpabilise les femmes, qui n’osent pas en parler. Ce que vivent certaines d’entre nous est pourtant bien plus violent que mon petit ressenti à moi, et peut aller jusqu’à la haine de cet être à venir qui vole la liberté de sa génitrice, ou à une véritable phobie de l’accouchement, par exemple. S’exprimer, être entendue, permettrait de mieux vivre ce bouleversement, et de mieux se préparer à l’arrivée du bébé. La grossesse n’est pas une maladie, mais une grossesse mal vécue peut rendre malade, avec des symptômes physiques et/ou psychologiques, et un lien complexe mais évident entre les deux (allez faire entendre cela à certaines gynéco ou sage-femmes, d’ailleurs !). La grossesse transforme tous les repères, et ce n’est pas pour rien qu’elle dure 9 mois ! D’autant que le lien entre générations qui existait autrefois s’est distendu et que certaines femmes se retrouvent seules face à leur grossesse et leurs questions.

Le très beau proverbe africain “Il faut tout un village pour élever un enfant” s’applique dès la vie intra-utérine !

Pas facile de trouver quelqu’un qui écoute dans nos sociétés, d’autant que ce n’est pas un rôle pour le futur papa, qui doit parcourir son propre chemin vers la parentalité. Lui aussi peut se sentir désemparé, et donc ne pas savoir répondre à l’angoisse de la maman. Et quel que soit l’interlocuteur, lorsque la femme attend une écoute, il se peut fort qu’elle obtienne… des conseils ! Grrr…

Allez, à toutes les futures mamans qui passeront par là, voici ce qui, moi, m’a aidé ces 9 derniers mois :

1. Contre les nausées et les vomissements, il peut aider de prendre un petit déjeuner équilibré mais copieux (type gros bol de céréales mélangées, avec du lait, de la cannelle et des graines), puis de fractionner les repas : grignoter des fruits, se concocter son propre mélange d’oléagineux dans lequel on puise sans complexe (ma recette : amandes, noix de cajou, cacahuètes, graines de tournesol, graines de citrouille, graines de soja, raisins secs).

2. En cas de seins douloureux, choisissez un soutien-gorge confortable et qui s’adapte à l’évolution de votre poitrine. Pour ma part, je ne suis pas du tout convaincue par les soutien-gorges d’allaitement, qui soutiennent assez mal à mon sens. J’ai remisé aussi pour quelques mois tous les sous-vêtements à fanfreluches sexy, pas franchement compatibles avec un bon maintien. Les massages (à l’huile d’amande douce ou avec une crème adaptée) peuvent soulager : faites de petits ronds de la base vers le cou.

3. Pour soulager les maux de dos, allez nager ! Et si vous avez la chance de pouvoir pratiquer une activité aquatique prénatale, foncez !

4. Pour mieux vivre l’hyperémotivité, la relaxation ou la sophrologie sont efficaces si elles sont pratiquées régulièrement. Vous pouvez même le faire à la maison avec un enregistrement (Vos paupières se font lourdes… Vos membres s’enfoncent dans le sol… Le bonheur !) 

5. En cas d’insomnies (ah, ça, ça me connaît !), la première habitude est de prendre un dîner léger, type plat unique (grande assiette de légumes rôtis ou assiette de pâtes sauce maison). De temps en temps, octroyez-vous un bain moussant pas trop chaud avant de vous coucher (non, ce n’est pas bon pour la planète, mais il s’agit d’un bain thérapeutique !). Si vous vous réveillez la nuit, buvez un verre d’eau ; une bonne habitude est d’avoir toujours une petite gourde sur sa table de chevet. Vous pouvez aussi opter pour du lait. Si l’insomnie se prolonge, levez-vous plutôt que de rester au lit à vous tourner et retourner, cela ne sert qu’à faire monter l’angoisse. Pour ma part, je me lève et je vais blogger Vivent les articles de 3 heures du matin ! Et je me recouche avec une saine fatigue…

6. Enfin, pour soulager le mal-être, renseignez-vous dans votre maternité : elle propose aux futures mères un entretien prénatal précoce, un rendez-vous planifié autour du 4e mois de grossesse, souvent encore méconnu. Cet entretien vous permettra de vous exprimer librement, sans jugement… Vous pourrez tout dire !, de “Je ne me sens pas belle” à “Je n’aime pas sentir bouger mon bébé” en passant par “Je n’aime pas cet enfant”. Le simple fait de pouvoir poser cette parole et entendre que vous avez le droit de la dire sans être anormale vous apaisera certainement ! Ayez confiance en vous, et sachez qu’on nous avons toutes en nous les ressources qui permettent de dépasser ce mal-être… même si cette ressource consiste à demander de l’aide !

Et enjoy !

jeudi 12 avril 2012

Die Brücke, escalade et chocolat

 
Chouette, un week-end pascal de trois jours !

Mais zut, le temps fut plutôt au froid, au vent et à la pluie…

Depuis qu’Antonin ne fait plus qu’une seule sieste l’après-midi, son papa et moi avons pris l’habitude, lorsque nous n’avons rien d’autre à faire le week-end, de visiter une exposition le dimanche matin. Il n’y a pas trop de monde, Antonin est très sage à cette heure ; nous mangeons dans un petit snack en ville sur le retour et sommes à la maison à temps pour la sieste du Damoiseau (et de sa maman). L’après-midi s’écoule tranquillement (comme un dimanche, quoi), mais nous avons tout de même l’impression d’avoir eu une journée bien remplie. Profitons-en, car, bientôt, quand la Damoiselle sera là, ce sera plus difficile !

Ce dimanche, nous avons donc dirigé nos pas vers le musée de Grenoble pour visiter l’exposition “Die Brücke“. Le terme désigne un mouvement d’avant-garde allemand : connaissiez-vous ? Moi non, peut-être parce qu’au tout début du XX e siècle, les relations étaient glaciales entre la France et l’Allemagne… cela ne facilite pas la connaissance mutuelle ! “Die Brücke” signifie “le pont” : les jeunes gens qui composent ce mouvement ont tiré leur nom d’une citation de Nietzsche (Ainsi parlait Zaratoustra, 1885) que je trouve franchement intéressante :

” Ce qu’il y a de plus grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but.”
(C’est beau, non ?)

 
C’est un mouvement qui gagne à être connu, et particulièrement agréable à découvrir au printemps : en effet, tout n’est que joie de vivre, sentiment de liberté, retour à la nature, simplicité des formes, éclats des couleurs… Antonin a dû le percevoir parfaitement, car il fut d’humeur charmante tout au long de cette longue expo de 130 oeuvres ! Il roucoula de jolies choses à toutes les dames et à bien des messieurs, fut fort intéressé de rencontrer un bébé plus petit que lui dans sa poussette et de caresser le renard en peluche qu’une petite fille lui a gentiment proposé !  Et si nous n’avons pu visiter à notre rythme les deux dernières salles, c’est bien parce que moi je fléchissais (un musée sans siège, merci pour les femmes enceintes, les personnes âgées, handicapées… et les autres !), mais pas lui ! D’ailleurs, ce n’est pas si grave, la fin de l’exposition étant consacrée aux dernières années du mouvement, bien plus sombres en raison de l’exode berlinois de tous ces joyeux campagnards, et de leur enrôlement sur les fronts de la Première guerre mondiale… Nous resterons sur une impression de bonne humeur !

Allez, encore deux des oeuvres exposées parme mes préférées pour le plaisir de vos pupilles :

Nature morte aux fleurs,
Cuno Amiet, 1908.

Les troncs blancs, Emil Nolde, 1908.

Pour Antonin, le reste du week-end fut activement mis à profit pour passer maître dans sa nouvelle acquisition : l’escalade ! (et oui, on n’est pas un petit montagnard pour rien…)

Tout d’abord, savoir monter sur l’escabeau :

 
 

Cela permet d’accéder non seulement aux fenêtres pour regarder le paysage, mais aussi au lavabo de la salle de bain, en toute autonomie :


Pour se laver les mains...

... ou les dents !

La méthode a pu être élargie à tout ce qu’il peut être intéressant à escalader dans un appartement :

D'ici, on peut accéder...
... au matériel d'art plastique des grandes personnes !
Et ici, c'est encore mieux...

... La réserve de têtines interdites !
Sans commentaires...
Il va sans dire que quelques
réaménagements s'imposent



Enfin, que serait un week-end pascal sans dégustation de chocolat ? Pour la première fois, Antonin gouta (je devrais dire “dévora”) deux carrés de chocolats noir à 70%.


Vivement l'année prochaine
et sa chasse aux oeufs ! ;-)